concernant l'accès des femmes aux métiers scientifiques
On s'étonne encore aujourd'hui du désamour des filles et des femmes en France pour les sciences mathématisées. Mais le plus étonnant en réalité est qu'on en soit toujours surpris, au regard de l'exclusion systématique des femmes des études et des métiers scientifiques pendant des siècles en France. Le ridicule imposé aux Femmes savantes de Molière a perduré pendant très longtemps... Si Emilie DU CHÂTELET fut la première Française à être reconnue comme un des grands savants dans les années 1740, elle le dut d'abord à son père libertin qui lui offrit une éducation identique à celle de ses frères. Les femmes de milieu favorisé n'apprenaient ni l'indispensable latin ni les mathématiques dans les couvents.
Lorsque NAPOLEON créa les lycées en 1802, ceux-ci étaient réservés aux garçons. Les filles étaient non seulement interdites d'éducation secondaire, mais elles avaient également interdiction de se présenter au baccalauréat. Sans ce diplôme, elles ne pouvaient donc pas prétendre aux études universitaires ni aux Grandes Ecoles d'ingénieurs comme Polytechnique, l'Ecole des Mines ou l'Ecole des Ponts et Chaussées. Enseignante de lycée, médecin, pharmacienne, chimiste, physicienne, mathématicienne, astronome, agronome, ingénieure : ces professions leurs étaient interdites (les métiers d'avocate et de magistrate également).
1861
Grâce au soutien de l'homme d'affaires lyonnais Barthélémy ARLES DUFOUR, un humaniste saint-simonien, Julie DAUBIE obtient l'autorisation de passer le baccalauréat et elle le réussit. Mais le Ministre de l'Instruction Publique refuse de lui délivrer son diplôme qui lui ouvrirait les portes de l'Université.
1862
ARLES DUFOUR s'engage à nouveau, et l'Impératrice EUGENIE obtient que Julie DAUBIE reçoive enfin son diplôme pour s'inscrire à l'Université.
L'Université s'ouvre aux femmes.
Jusqu'à la fin de la Première Guerre Mondiale, les Françaises ne profitent guère de l'ouverture de l'Université à leur sexe pour la simple raison qu'elles n'ont pas accès à l'éducation secondaire. La majorité des étudiantes sont des étrangères, notamment d'Europe de l'Est. Car si elles ont un accès plus facile aux études secondaires, l'Université leur est interdite dans leurs pays d'origine.
1882
Le premier lycée pour filles ouvre ses portes à Montpellier. Le lycée Fénelon à Paris ouvre l'année suivante en 1883. La guerre de 1870 a traumatisé les élites, et l'échec est en partie attribué à la faible éducation des filles comparativement à celle des prussiennes : les Françaises des milieux favorisés sont incapables de soutenir efficacement leur époux et d'éduquer correctement leurs fils par manque de connaissances. Camille SEE porte le projet de loi de création des lycées pour filles qui est voté en 1881. Mais on prend garde que les filles ne puissent pas prétendre à l'autonomie et aux mêmes métiers que leurs homologues masculins. Les programmes scolaires des filles furent donc nettement allégés par rapport à ceux des garçons, tout particulièrement en sciences. Les filles ne sont pas formées pour réussir le baccalauréat ! Il n'est pas question de leur faciliter l'accès aux études supérieures et aux métiers les plus lucratifs.
Camille SEE explique dans son discours du 20 janvier à la Chambre des députés :
"L'enseignement qui se donnera dans les lycées de jeunes filles correspondra à l'enseignement donné dans les lycées de garçons. Il sera dégagé de tout ce qui, dans les lycées, est enseigné en vue de préparer les jeunes gens à des carrières spéciales [...]"
"Je sais qu'il est des jeunes filles qui ont leur diplôme de docteur en médecine ; mais ce sont de rares exceptions, et s'il faut dire toute ma pensée, je crois que nous aurons toujours trop peu de sages-femmes et assez de docteurs femelles."
Et Paul BROCA, rapporteur de la commission sénatoriale chargée d'examiner le projet de loi, de compléter :
"[Pour les jeunes filles] il faut choisir ce qui peut leur être le plus utile, insister sur ce qui convient le mieux à la nature de leur esprit et à leur future condition de mère de famille, et les dispenser de certaines études pour faire place aux travaux et occupations de leur sexe. Les langues portes sont exclues ; le cours de philosophie est réduit au cours de morale, et l'enseignement scientifique est rendu plus élémentaire ; on peut ainsi donner de l'extension à l'étude de la langue française, des langes vivantes, de la littérature et de l'histoire, tout en restreignant le nombre des années de scolarité."
Par ailleurs les lycées sont rares et ne sont construits que dans les villes suffisamment grandes. COLETTE (1873-1954) par exemple ne fut pas envoyée au lycée car le bourg de Saint-Sauveur où elle vivait n'en disposait pas.
1924
Les programmes des lycées de filles deviennent identiques à ceux des garçons, en particulier en sciences. Les raisons en sont diverses. L'une d'entre elles est la ruine de nombreuses familles de la bourgeoisie pendant et suite à la Première Guerre Mondiale. Ces familles ne peuvent plus fournir de dot à leurs filles. Celles-ci ne trouvant plus à se marier doivent assurer leur subsistance en travaillant. Les filles sont donc enfin préparées au baccalauréat dans les lycées sans que les filles ne soient obligées de leur payer des cours particulier pour compléter leur formation. Le nombre d'étudiantes françaises dans le supérieur se met à s'envoler !
1945
Les femmes exercent leur droit de vote pour la première fois.
1951-1954
Irène CURIE se présente 4 fois à l'Académie des Sciences, et elle est refusée 4 fois malgré son Prix Nobel de chimie, et bien que son mari - lui aussi communiste - ne soit académicien. Sa mère Marie CURIE avait été refusée avant elle.
1965
Une épouse peut exercer un métier sans l'accord de son mari et conserver sa rémunération.
1967
La contraception orale est autorisée.
1975
L'avortement n'est plus un crime.
1979
L'Académie des Sciences admet une femme, la mathématicienne Yvonne CHOQUET BRUHAT.
en dehors des écoles liées à l'agronomie, aux forêts et aux soins vétérinaires
Il peut exister un décalage entre l'année où les femmes sont acceptées et l'année où la première femme intègre l'école.
| Ecole Normale Supérieure (Ulm) | Polytechnique | Mines de Paris | Ponts et Chaussées | Arts et Métiers |
|
1986 (après la fusion avec Sèvres)
|
1972 | 1970 | 1959 | 1964 |
| Ecole Supérieure de Chimie | Ecole Supérieure d'Electricité | Ecole Supérieure de Physique et Chimie Industrielles de la Ville de Paris | Ecole Supérieure d'Optique | Ecole Centrale de Paris |
| 1916 |
1917
|
1922 | Dès l'ouverture en 1920 | 1918 |
| Ecole Centrale de Lyon | Ecole Nationale Supérieure d'Aéronautique | Ecole Nationale de l'aviation civile (créée en 1949) | Ecole Navale | Ecole Polytechnique Féminine |
| 1ère femme admise en 1958 | 1973 |
1973
|
1992 |
1925 |
© 2025 Katell Grabowska Tous droits réservés